top of page
"Contra spem spero"
(Sans espoir, j'espère)

Lesya Ukrainka

Viktoriia Sviatiuk

Née à Kyiv, Ukraine, Viktoriia Sviatiuk développe son travail entre l'Ukraine, la France, l'Italie et l'Allemagne, révélant une sensibilité aiguë aux enjeux sociaux, politiques et humains. Elle obtient le Premier Prix de Dessin Pierre David-Weill en 2019 avec le projet "Même la guerre est quotidienne" et, en 2025, le Premier Prix Toile de Jouy au Musée de la Toile de Jouy à Jouy-en-Josas, avec un projet questionnant le message que les animaux et les plantes nous transmettraient s'ils pouvaient parler.

Touchée par les violences qui ravagent l'Est de l'Ukraine depuis 2014, elle commence à travailler sur les questions de représentation de la mort et de la guerre dans l'art, au travers d'une série de portraits de sa grand-mère dans son appartement à Stakhanov (Kadiivka), ville aujourd'hui occupée par les Russes.

Viktoriia Sviatiuk participe à de nombreuses expositions et projets multidisciplinaires avec diverses institutions en France, en Italie et en Allemagne, telles que le Musée des Beaux-Arts et le Château d'Angers. En 2015, ses peintures sont publiées en tant qu'illustrations aux Éditions « Hackoeurs », Paris Sorbonne. En 2018, elle présente sa première exposition personnelle « Les Nuances du Bleu » à l'Espace Art Contemporain À Vous De Voir, à Saint-Mathurin-sur-Loire. Elle bénéficie de résidences à la Cité internationale des arts (Paris) de novembre 2017 à octobre 2018, puis au Château de Lourmarin, Fondation Laurent Vibert, de juillet à août 2019.

Démarche artistique

Le travail de Viktoriia Sviatiuk se construit à l'intersection du personnel et du politique, de l'intime et de l'universel. Façonné par son expérience entre l'Ukraine et la France, son œuvre révèle une sensibilité aiguë aux enjeux de notre temps : la violence des conflits, la place de la femme dans la société, la crise environnementale et la nécessité de l'inclusion. À travers le dessin, l'aquarelle et la peinture à l'huile, elle transforme le trauma collectif en une recherche artistique profonde, où la nature devient refuge et force de guérison face à l'horreur de la guerre.

La place de la femme, notamment dans la vie contemporaine et la guerre, est au cœur du travail de Viktoriia Sviatiuk. Elle s'inspire de situations vécues ou d'histoires de vie, qu'elle transforme parfois de manière plus symbolique. Par exemple, dans son polyptyque à l'huile "Vénus et la Mort", la femme incarne la fragilité et l'impuissance du corps humain face à la violence des armes lourdes. Inspirée par des artistes tels qu'Otto Dix, elle cherche à exposer la dure réalité de la guerre, tant dans ses violences immédiates que dans ses effets quotidiens sur les individus. De même, Käthe Kollwitz l'influence profondément, ses œuvres témoignant d'une sensibilité intense face aux questions de guerre et d'injustice.

La guerre prend une place centrale dans son travail, à travers des scènes quotidiennes, notamment dans la série de dessins "Même la guerre est quotidienne", qui met en lumière les portraits de sa grand-mère dans son appartement à Stakhanov (Kadiivka), ville temporairement occupée par les troupes russes depuis 2014.

Le choix de la technique est toujours en lien avec le sujet. Dans la série "Croquis de Vacances", qui traite de la guerre à l'est de l'Ukraine en 2015, la forme du "croquis" a été choisie pour renforcer le contraste avec ce que l'on s'attend à voir, à savoir des scènes de paysages de vacances, qui évoquent généralement des souvenirs heureux. Ici, cette technique met en lumière la violence du sujet, à travers des scènes inattendues. Le choix de la quantité de croquis est lié aux 82 estampes "Les Désastres de la guerre" de Francisco de Goya, un hommage à l'histoire cyclique de la guerre.

En quête de repos face à la thématique de la guerre, Viktoriia Sviatiuk se tourne vers la nature, qui occupe une place importante dans son travail et revêt une signification spirituelle. Dans la série "Jardin Exotique", elle retrouve son propre "Jardin des Délices", symbolisant une recherche d'équilibre entre l'enfer (la guerre) et le paradis (la nature).

La série "Huîtres" se situe à la limite entre réalisme et abstraction, en jouant sur des formes géométriques et figuratives. Ce travail reflète une réflexion sur la manière dont la nature peut être décomposée et interprétée, rappelant certaines recherches cubistes sur la déconstruction des formes.

Sa série à l'aquarelle sur papier intitulée "Les coulisses des Jeux Olympiques" (2024) offre un regard sur les athlètes après l'effort : après le travail acharné, ils se reposent dans un jardin exotique, trouvant le calme et le sommeil mérité.

​C'est le rapprochement avec la nature qui a permis à l'artiste de retrouver le goût à la vie, et cette expérience du trauma qu'elle transforme en pratique artistique. Son œuvre soulève des questions politiques, économiques, scientifiques et écologiques. Passionnée par la symbolique animale et la nature et leur relation profonde avec l'être humain, elle s'interroge, face à l'intensification des guerres et des crises environnementales, sur la manière dont la nature et les animaux peuvent agir comme miroir de notre propre fragilité et comme force de guérison. La création peut nous permettre de nous libérer, de proposer d'autres types d'organisation sociale, d'autres types de relations humaines.

Dans ses derniers projets qui s'intéressent au développement de la conscience humaine par l'art, Viktoriia Sviatiuk souhaite renverser les stéréotypes historiques et sociaux et placer les personnes en situation de handicap au centre de la scène artistique. Son intention est de montrer que de la souffrance et des défis peuvent naître des forces humaines, et que la visibilité et l'inclusion peuvent inspirer un futur fondé sur le respect, l'empathie et la collaboration. Grâce à l'expression artistique, elle montre qu'on peut s'échapper du système d'aliénation dans lequel nous sommes enfermés. La créativité représente la seule véritable alternative pour ne pas sombrer dans l'uniformisation.

À travers ses œuvres, Viktoriia Sviatiuk souhaite inciter le spectateur à réfléchir sur la fragilité de la vie humaine face à la violence et à l'injustice, créant ainsi un dialogue intime entre l'œuvre et l'observateur. Elle cherche à provoquer une réflexion critique chez le spectateur tout en offrant des moments de contemplation sur la beauté fragile du monde naturel.

© 2016 Viktoriia Sviatiuk

bottom of page